28 décembre 2007
La nuit nous appartient - James Gray

Réalisateur peu fructueux mais tout autant prodigieux, James Gray signe après Little Odessa et The Yards son troisième long-métrage, toujours avec cette mise en scène si subtile et si inquiétante.
L'histoire se déroule dans les années 80, New-York se débauche et devient une pomme véreuse. La mafia russe tente de s'approprier le marché de la drogue et agit notamment par El Caribe, la boîte de Bobby (Joaquin Phoenix). L'affrontement avec la police est irréversible mais Bobby renonce à y prendre part, malgré l'insistance de son père Burt (Robert Duvall) et de son frère Joseph (Mark Wahlberg), tout deux de la brigade des stups. Quelques jours après une rafle de la police, Joseph survit miraculeusement aux représailles savamment orchestrées par Vadim (Alex Veadov) ; Bobby choisit dès lors de coopérer avec les stups, par crainte pour sa famille.
A travers la reconstitution du New-York des 80's et grâce à une touche esthétique remarquable et une bande son efficace, James Gray rend l'atmosphère de son oeuvre très authentique. Malgré un scénario classique et usité, il affine ce que Martin Scorsese a créé et donne au polar un souffle très atypique. Il y dépeint l'univers souterrain des boîtes de nuit et la sphère privée de la famille, alternant entre scènes d'orgies et scènes plus intimes.
C'est là qu'intervient Bobby, celui-ci s'est affirmé dans ces "souterrains" et s'est même à travers ça libéré de sa famille. S'il avait suivi la tradition de cette innocente famille juive-polonaise, il aurait emprunté une voie toute tracée dans les forces de l'ordre... Mais c'est ce que Bobby fuit même s'il reste constamment tiraillé par ce choix. Dès que sa famille est menacée, il décide inconsciemment de l'aider mais se voit contraint en quelque sorte à effectuer un retour en arrière. A travers les rapports étroits mais rudes entre Burt, Joseph et Bobby on comprend la délicatesse et l'impénétrabilité du tissu familial. C'est justement ce qu'Amada (Eva Mendes), la fille de joie de Bobby, ne peut pas comprendre.




En côtoyant Vadim et la pègre russe, Bobby veut protéger les siens et de ce fait s'expose de plus en plus. On glisse lentement vers une oraison funeste.
La scène de la course poursuite, qui adopte des teintes sombres inquiétantes, en impose de par son intensité et de par l'oppression qu'elle crée. Elle représente l'acmé dramatique de l'intrigue car dès lors que Burt meurt, Bobby perd tout ce qu'il est. C'est surement par rédemption qu'il s'engage immédiatement dans la police. Certes la fin se laisse flairer et est sans doute un peu conventionnelle mais elle peut se laisser oublier.
On pense évidemment aux grands noms comme Hawks ou Scorsese, mais James Gray impose bien sa patte. Il a su donner une teinte noire et unique à son oeuvre, cela malgré quelques largesses scénaristiques et une fin insignifiante.
Avis : +++-
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