01 décembre 2007
Introduction
Bienvenue, je suis étudiant en histoire et ma passion c'est le cinéma.
Je vais vous faire sentir au mieux ce que représente cet art pout moi.
Chroniques, analyses, critiques dans la limite toutefois de mon temps.
Bonne visite

(Photo Hiroshi Sugimoto)
22 décembre 2007
L'oeuvre de Mario Monicelli

Mario Monicelli, oublié du cinéma italien, est à mon goût le plus digne représentant du néoréalisme italien. Bien qu’ayant réalisé ses chefs d’œuvres après le temps des Visconti, de Sica et autre Rossellini (…), Monicelli met le mieux en scène cette Italie marquée par l’histoire et cette Italie qui souffre de la misère sociale. Dans des tonalités comiques mais au fond dramatiques, Monicelli s’engage au sang car l’humour est ce qui retransmet le mieux le mal, l’échec et le fait que l’individu subit des forces qu’il ne peut contrer (régimes politiques, chômage,..).
Monicelli naît en 1915 en Toscane, il s’engage dans des études d’histoire et de philosophie. Critique en 1932, il réalise quelques métrages mineurs puis devient assistant réalisateur et scénariste de nombreux films. Avec son ami Sténo il obtient une certaine reconnaissance, grâce surtout avec Totò cherche un appartement (1949) et Gendarmes et Voleurs (1951).
Dès 1953 il se sépare de Sténo et réalise seul le Pigeon (1958), la Grande Guerre (1959), les Camarades (1963), pour ce qui n’est qu’une filmographie sélective… En 1991 il reçoit le Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière, toutefois je n’attache aucune importance aux décorations car le cinéma touche l’individu d’une manière unique et intranscriptible ; une distinction ne signifie rien et je ne les citerai ainsi plus dans mes prochains articles.
A travers Gendarmes et Voleurs et le Pigeon, on constate une Italie qui peine à se relever de la guerre et du régime fasciste qui s’en est allé avec.
Dans Gendarmes et voleurs il y a Esposito (Totò), un pauvre petit voleur vivant dans un quartier malfamé qui ne se soucie que de nourrir sa petite famille. De l’autre il y le gros policier Bottoni (Aldo Fabrizi) , fonctionnaire et ainsi travailleur de tous les instants. Un jour Esposito est balancé et se fait arrêter par Bottoni au terme d’une course poursuite insupportable de lenteur mais qui renforce l’aspect comique de l’histoire. Celui-ci s’échappe et Bottoni est dès lors directement menacé par son supérieur de licenciement pour faute.

Bottoni retrouve habilement Esposito, qui accepte a priori de se rendre après la scène du repas. Esposito y semble perdu et désemparé, il salue sa famille mais ne comprend pas qu’il ne peut rien faire face à la désolation qui règne dans tout le pays. Monicelli traite directement ici des malheurs du temps de son pays à travers l’incompréhension passive de ses acteurs.

Le Pigeon aborde toujours ces thèmes mais semble être une oeuvre plus aboutie que Gendarmes et Voleurs. Une bande de voleurs romains sont sur un coup, toutefois leur chef Cosimo (Memmo Carotenuto) est arrêté lors d’un banal vol de voiture. Celui est envoyé en prison mais la bande trouve un pigeon, quelqu’un qui prendra sur soi le délit commis par Cosimo.
Celui-ci, Peppe (Vittorio Gassman), boxeur déchu de tout, ruse Cosimo et arrive à sortir de la prison avec l’idée d'un casse que Cosimo lui a confié. Peppe forme un nouveau concile pour tenter de dévaliser le coffre fort du Mont-de-Piété. Il s’entoure de Tiberio (Marcello Mastroianni), Mario (Renato Salvatori), Michele (Tiberio Murgia) et surtout de Dante (Totò), cambrioleur authentique et chevronné. Une histoire annexe vient se coller à celle-ci quand Mario s’amourache de la ravissante sœur de Michele, Carmelina (Claudia Cardinale). Ils investissent la maison voisine, percent le mur pour tenter d'atteindre la salle du coffre mais se trompent et se retrouvent dans la cuisine de cette même maison, le clair du jour arrivant. On se sépare ensuite des personnages les uns après les autres, ce qui a pour effet de donner une atmosphère descendante et dramatique à la comédie.

A travers le thème récurrent de l’échec, Monicelli livre dans cette comédie un portrait attachant du bas-peuple italien. Aucune indication sociale de tous les personnages n’est donnée au spectateur durant le film, on rit de leurs malheurs respectifs mais la scène finale cache un côté noir. A travers la poigne de Monicelli on a raillé la misère et la condition d’éclopés des personnages.

28 décembre 2007
La nuit nous appartient - James Gray

Réalisateur peu fructueux mais tout autant prodigieux, James Gray signe après Little Odessa et The Yards son troisième long-métrage, toujours avec cette mise en scène si subtile et si inquiétante.
L'histoire se déroule dans les années 80, New-York se débauche et devient une pomme véreuse. La mafia russe tente de s'approprier le marché de la drogue et agit notamment par El Caribe, la boîte de Bobby (Joaquin Phoenix). L'affrontement avec la police est irréversible mais Bobby renonce à y prendre part, malgré l'insistance de son père Burt (Robert Duvall) et de son frère Joseph (Mark Wahlberg), tout deux de la brigade des stups. Quelques jours après une rafle de la police, Joseph survit miraculeusement aux représailles savamment orchestrées par Vadim (Alex Veadov) ; Bobby choisit dès lors de coopérer avec les stups, par crainte pour sa famille.
A travers la reconstitution du New-York des 80's et grâce à une touche esthétique remarquable et une bande son efficace, James Gray rend l'atmosphère de son oeuvre très authentique. Malgré un scénario classique et usité, il affine ce que Martin Scorsese a créé et donne au polar un souffle très atypique. Il y dépeint l'univers souterrain des boîtes de nuit et la sphère privée de la famille, alternant entre scènes d'orgies et scènes plus intimes.
C'est là qu'intervient Bobby, celui-ci s'est affirmé dans ces "souterrains" et s'est même à travers ça libéré de sa famille. S'il avait suivi la tradition de cette innocente famille juive-polonaise, il aurait emprunté une voie toute tracée dans les forces de l'ordre... Mais c'est ce que Bobby fuit même s'il reste constamment tiraillé par ce choix. Dès que sa famille est menacée, il décide inconsciemment de l'aider mais se voit contraint en quelque sorte à effectuer un retour en arrière. A travers les rapports étroits mais rudes entre Burt, Joseph et Bobby on comprend la délicatesse et l'impénétrabilité du tissu familial. C'est justement ce qu'Amada (Eva Mendes), la fille de joie de Bobby, ne peut pas comprendre.




En côtoyant Vadim et la pègre russe, Bobby veut protéger les siens et de ce fait s'expose de plus en plus. On glisse lentement vers une oraison funeste.
La scène de la course poursuite, qui adopte des teintes sombres inquiétantes, en impose de par son intensité et de par l'oppression qu'elle crée. Elle représente l'acmé dramatique de l'intrigue car dès lors que Burt meurt, Bobby perd tout ce qu'il est. C'est surement par rédemption qu'il s'engage immédiatement dans la police. Certes la fin se laisse flairer et est sans doute un peu conventionnelle mais elle peut se laisser oublier.
On pense évidemment aux grands noms comme Hawks ou Scorsese, mais James Gray impose bien sa patte. Il a su donner une teinte noire et unique à son oeuvre, cela malgré quelques largesses scénaristiques et une fin insignifiante.
Avis : +++-