«Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.» (GODARD)

La plume d'un cinéphile.

24 janvier 2008

No Country for Old Men - Coen Brothers

ncfom1

Poussière, voilà le mot qui désignait jusqu'ici le cinéma des frères Coen, mais comme disait Mauriac la poussière n'est pas encore le néant. Ceux-ci créent leur oeuvre la plus aboutie, la plus structurée et peut-être la plus cathartique.

S'inspirant ici du roman éponyme de Cormac McCarthy, l'histoire a lieu aux confins du Texas et à la frontière qui la lie au Mexique, terres où les trafiquants de drogie sont maîtres. Llewelyn Moss (Josh Groblin) tombe dans le désert sur des dépouilles humaines, issue tragique d'un trafic qui a sans doute mal viré. Il découvre à l'intérieur d'un véhicule une mallette contenant deux millions de dollars, cash money qu'il dédide de conserver. Dès lors tout s'envenime car il n'est pas le seul à désirer cette mallette ; en choisissant la fuite il se rapproche ainsi d'Anton Chigurgh (Javier Bardem) qui le prend en chasse. Entre ces deux belligérants s'insère le sergent Moss (Tommy Lee Jones), maître du comté mais au fond véritablement rompu et anéanti par le cynisme humain.

L'un entraîne l'autre, tandis qu'un autre suit sans suivre ; ce sont bien trois chemins de vie qui relatent un mal insaisissable que tous veulent pourtant dominer. Les contrastes visuels sont déroutants, on passe des lumières du désert texan aux teintes obscures de la ville, tandis que la traque alterne entre phase de latence voire de discordance, ce qui agrémente son aspect instinctif et animal. Chigurgh approchant de la chambre de motel de Moss grâce à un émetteur placé dans "sa" mallette, avançant lentement et sereinement vers elle au bruit sourd de son récepteur incarne à merveille ces phases d'imminence et de distance. Les antagonismes silences/fracas, clairs/obscurs, imminence/distance (...) donnent au film un enchaînement magistral.

C'est à travers ce cinéma d'instinct qu'une poursuite impitoyable se met en place, Chigurgh y incarnant la chronique d'une mort annoncée. Celui-ci n'hésite pas à liquider tous les "intermédiaires" liés de loin ou de près à sa quête. Sentir ses pas précède une mort certaine, qu'elle soit prolongée de préludes immoraux (pile ou face) ou bien sans que la victime n'ait eu le temps d'y songer. A travers Chigurgh se cache un thème peu évoqué dans le cinéma, à savoir le désir inconscient, inextricable et incompris de tuer l'autre. Chigurgh est odieux mais pas inhumain, il ne manifeste pas qu'une agressivité primitive, mais bien une oppression neurologique qui l'inhibe et qui ne rendent plus ses actes intentionnels.

ncfom2ncfom3ncfom4ncfom5

Non ce pays n'est pas pour le vieil homme est la deuxième partie du titre, elle est dédiée à la vision noire du sergent Bell sur ce qu'il ne peut que constater, inefficace voire inutile. Les frères Coen s'attardent à travers son personnage sur des anecdotes qui traduisent cette barbarie naturelle, sur ce qu'ils ont vu mais qu'ils ne relatent que de manière succincte. La digression de Bell qui clôt le film manque peut-être d'un peu de clarté mais elle semble en tout cas révélatrice de ce désenchantement moral.

No Country for Old Men dérange. L'oeuvre témoigne avec dureté de faits de société jugés irréversibles mais qui méritent l'attardement. C'est aussi sans doute ici une renaissance cinématographique pour les frères Coen.

Avis : ++++

Posté par EISENSTEIN à 00:45 - Critiques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bonjour, je vous trouve un peu dur pour des films comme Miller's Crossing et Barton Fink qui sont de très bons longs métrages. Sang pour Sang (Blood Simple), je l'ai vu lors de sa sortie et No Country for old men m'a fait assez pensé à Blood Simple. Les frères sont revenus aux sources (si je puis dire). Dans ce dernier opus, je mentionnerai surtout l'incarnation de la mort par Javier Bardem (génialissime). Je regrette que le rôle du shérif ne soit pas plus étoffé (comme dans le roman).

Posté par dasola, 05 février 2008 à 16:36

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=395312&pid=7700025

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :