«Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.» (GODARD)

La plume d'un cinéphile.

11 janvier 2008

Into the wild - Sean Penn

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Artiste engagé et vif opposant bushiste, comme sa contre-visite en Irak l'a prouvé, on n'attendait toutefois pas de Sean Penn un road-movie aussi narcotique.

L’histoire est adaptée du récit Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer, la biographie du péril vécu par Christopher McCandless. Celui-ci, après avoir brillament obtenu le diplôme qui lui offrait une carrière habilement tracée par son père, décide de revenir aux fondamentaux de l’existence humaine. Il se jure ainsi de quitter un microcosme familial qui l’oppresse et qui exige de lui ce qu’autrui seul impose. Il s’en va en prenant bien soin de brouiller les pistes de sa fuite et de faire don de sa fortune à l’Oxfam ; le rejet du matérialisme et du consumérisme est clairement affirmé.

Sean Penn chapitre son film en quatre parties bien distinctes, qui établissent les quatre étapes de la résurrection d’ « Alexander Supertramp » (Emile Hirsch). Au fil de son périple il subit des interactions avec un exploitant agricole à ennuis, un couple hippie en froid, un ancien GI apathique, autant de rencontres qui peuvent paraître conventionnelles mais qui lui permettent de digresser, de manière brève toujours, de ses méditations et de son rêve de rallier et de vivre en reclus l'Alaska.

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A travers une photographie magnifiquement soignée mais qui devient pourtant assommante, on comprend mal la maïeutique même de Supertramp. De quoi se plaint-il ? Pourquoi fait-il ça ? Même les gens rencontrés durant son périple ne semblent pas bien comprendre sa cabale contre tous et sa volonté de vivre seul dans le Grand Nord. Sa famille, anéantie et cherchant par tous les moyens à le retrouver, est inefficace car il a tout orchestré pour la fuir à jamais. Ce périple ramène finalement plus à une crise de jeunesse irraisonnée qu'à une crise identitaire de nature sociétale.

En dénonçant la crise de l'american way of life, Sean Penn semble en traitant de l'aveuglement d'un homme piégé par ses illusions se déshonorer de sa propre oeuvre. Une déception.

Avis : +---

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24 janvier 2008

No Country for Old Men - Coen Brothers

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Poussière, voilà le mot qui désignait jusqu'ici le cinéma des frères Coen, mais comme disait Mauriac la poussière n'est pas encore le néant. Ceux-ci créent leur oeuvre la plus aboutie, la plus structurée et peut-être la plus cathartique.

S'inspirant ici du roman éponyme de Cormac McCarthy, l'histoire a lieu aux confins du Texas et à la frontière qui la lie au Mexique, terres où les trafiquants de drogie sont maîtres. Llewelyn Moss (Josh Groblin) tombe dans le désert sur des dépouilles humaines, issue tragique d'un trafic qui a sans doute mal viré. Il découvre à l'intérieur d'un véhicule une mallette contenant deux millions de dollars, cash money qu'il dédide de conserver. Dès lors tout s'envenime car il n'est pas le seul à désirer cette mallette ; en choisissant la fuite il se rapproche ainsi d'Anton Chigurgh (Javier Bardem) qui le prend en chasse. Entre ces deux belligérants s'insère le sergent Moss (Tommy Lee Jones), maître du comté mais au fond véritablement rompu et anéanti par le cynisme humain.

L'un entraîne l'autre, tandis qu'un autre suit sans suivre ; ce sont bien trois chemins de vie qui relatent un mal insaisissable que tous veulent pourtant dominer. Les contrastes visuels sont déroutants, on passe des lumières du désert texan aux teintes obscures de la ville, tandis que la traque alterne entre phase de latence voire de discordance, ce qui agrémente son aspect instinctif et animal. Chigurgh approchant de la chambre de motel de Moss grâce à un émetteur placé dans "sa" mallette, avançant lentement et sereinement vers elle au bruit sourd de son récepteur incarne à merveille ces phases d'imminence et de distance. Les antagonismes silences/fracas, clairs/obscurs, imminence/distance (...) donnent au film un enchaînement magistral.

C'est à travers ce cinéma d'instinct qu'une poursuite impitoyable se met en place, Chigurgh y incarnant la chronique d'une mort annoncée. Celui-ci n'hésite pas à liquider tous les "intermédiaires" liés de loin ou de près à sa quête. Sentir ses pas précède une mort certaine, qu'elle soit prolongée de préludes immoraux (pile ou face) ou bien sans que la victime n'ait eu le temps d'y songer. A travers Chigurgh se cache un thème peu évoqué dans le cinéma, à savoir le désir inconscient, inextricable et incompris de tuer l'autre. Chigurgh est odieux mais pas inhumain, il ne manifeste pas qu'une agressivité primitive, mais bien une oppression neurologique qui l'inhibe et qui ne rendent plus ses actes intentionnels.

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Non ce pays n'est pas pour le vieil homme est la deuxième partie du titre, elle est dédiée à la vision noire du sergent Bell sur ce qu'il ne peut que constater, inefficace voire inutile. Les frères Coen s'attardent à travers son personnage sur des anecdotes qui traduisent cette barbarie naturelle, sur ce qu'ils ont vu mais qu'ils ne relatent que de manière succincte. La digression de Bell qui clôt le film manque peut-être d'un peu de clarté mais elle semble en tout cas révélatrice de ce désenchantement moral.

No Country for Old Men dérange. L'oeuvre témoigne avec dureté de faits de société jugés irréversibles mais qui méritent l'attardement. C'est aussi sans doute ici une renaissance cinématographique pour les frères Coen.

Avis : ++++

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31 janvier 2008

Collaboration Elia Kazan - Marlon Brando

Hommage artistique à cette fructueuse collaboration qui a marqué l'histoire du cinéma américain, hommage qui n'a toutefois aucune prétention cinéphilique. J'exclus ici l'oeuvre complète d'Elia Kazan pour la réduire à celle résultant de sa rencontre avec Marlon Brando.

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En 1947 Elia Kazan participe à la création d'une école d'art dramatique : the Actor's Studio. Celle-ci a pour finalité de parfaire "la méthode" : les principes fondamentaux de l'interprétration théâtrale et cinématographique (initiée par le russe Constantin Stanilavski).
Marlon Brando y entre peu après sa création et y interprète tout d'abord des pièces de théâtre sur les planches de Broadway. Lors de l'interprétation de la pièce Truckline Café aux côtés de Karl Malden, Brando éblouit Kazan de passage. Alors directeur artistique, Kazan lui offre le rôle de Stanley Kowalski dans sa pièce de théâtre, un Tramway nommé Désir, adaptation de l'oeuvre éponyme de Tennessee Williams. Après deux ans de représentations théâtrales l'oeuvre est finalement adaptée au cinéma en 1951, malgré le refus initial de Kazan. Brando comme presque toute la troupe de Broadway suit, hormis Jessica Tandy remplacée par la jugée plus glamour Vivien Leigh pour le rôle de Blanche Dubois.

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Des thèmes mal perçus par la censure et plus particulièrement le bureau Breen (code Hays) imposent aux scénaristes quelques retouches. La nymphomanie, le viol, sont autant de raccourcis au récit. Kazan sait que plus de libertés sont accordées au théâtre, mais il réussit tout de même à développer par quelques finesses l'objet central du désir inconscient. Ainsi Kazan ne met pas en avant Stanley (Brando) mais plutôt la soeur de sa femme, Blanche (Leigh), soumise aux lois sexuelles. En effet Blanche refoule systématiquement tous les hommes qu'elle rencontre mais Stanley la contraint à se soumettre, le désir l'abandonnant singulièrement à lui. Ce qui plaît à Kazan chez Brando est sa capacité à incarner la brutalité virile et tout à la fois la douceur, ambivalence qui se caractérise ausi selon lui dans la vie privée de Brando.

Pourtant au début Brando est tumultueux lors des tournages quand la caméra se fige sur lui et ses prestations incommodent jusqu'à Kazan lui-même. Pour l'anecdote Brando s'ennuie pendant les creux de tournage ; après que Karl Malden lui refuse un combat improvisé dans les sous-sols du studio, il convainc un figurant du film dont il fracture le nez dès les premiers échanges. Tout rentre dans l'ordre plus tard car Brando crève l'écran et semble museler les autres acteurs. Les studios Warner, tant Brando dominait, seront même traversés par l'idée de tout arrêter.

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En 1952 il incarne dans le biopic Viva Zapata ! le révolutionnaire Emiliano Zapata, dans une oeuvre dont on ignore si elle est voulue ou imposée à Kazan. En pleine apogée du maccarthysme et de la guerre froide, Viva Zapata ! dévoile ici une théorie du pouvoir contestable. Dans le même temps Kazan est accusé d'avoir dénoncé des metteurs en scène communistes ou bien anti-américains. Est-ce la raison de la brouille entre Kazan et Brando ? Kazan partisan de la Commission MacCarthy ? Communiste dans l'ombre ? Toujours est-il que Kazan signe ici une oeuvre autant ambigüe qu'incompréhensible...

Sur les quais (1954) est l'aboutissement de leur collaboration, elle est aussi plus décousue et plus distante. Brando refuse dans un premier temps et Sinatra est pressenti pour le rôle, mais dès que le producteur Sam Spiegel reprend le projet Brando se rétracte et accepte le rôle. Brando est Terry Malloy, boxeur déchu devenu docker et qui refuse de se soumettre au syndicat mafieux qui contrôle la quasi totalité des docks new-yorkais. Inspirés d'une série d'articles de Malcolm Johnson parus dans le NY Sun, le film traite de la loi du silence imposée par la pègre et qui soumet tous les dockers, obligés de verser un tribut syndical pour subsister.

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Terry, mêlé à son insu à la mort d'un docker têtu, comprend peu à peu ces agissements frauduleux par son frère Charley (Rod Steiger), avocat du patron du syndicat. Au contact de la soeur défunte du docker (Eva Marie Saint) et du père Barry (Karl Malden ici encore), Terry ne semble pas résolu à témoigner devant une commission. On ne sort jamais de l'univers rude et dramatique des dockers, l'atmosphère insufflée est juste et dépouillée, laissant ainsi le silence parler.

Marlon Brando/Rod Steiger - Sur les Quais
Vidéo envoyée par LTT

La scène culte incarnée par Rod Steiger et Marlon Brando, deux frères confrontés ici l'un à l'autre. On sent qu'un des deux hommes est condamné à son issue à mourir. L'atmosphère de cette scène est très confinée, Elia Kazan aurait même fait monter le petit store sur la vitre arrière du taxi afin de reconstituer l'intimité et la fragilité d'une conversation entre frères. Dès que Steiger pointe son arme sur Brando, le jeu des deux acteurs prend une classe inégalée car ils ont littéralement absorbé leurs personnages et s'abandonnent ici dans leurs interprétations. Charley sera finalement abattu. Terry témoigne, bien que lynché par ses collègues, tous aussi apeurés mais attentistes. Après avoir réchappé d'une mise à mort personne ne peut lui résister et il s'aliène ses camarades dockers qui sentent désormais qu'ils peuvent reprendre la main sur leurs docks.

La collaboration entre Elia Kazan et Marlon Brando est atypique dans le cinéma américain du XXe siècle, car elle embrasse aussi l'Histoire. Elle marque par la prestance et le réalisme de Brando mais surtout par le talent artistique de Kazan ; l'un impliquant l'oeuvre de l'autre.

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Article en cours de rédaction

leone - L'oeuvre de Sergio Leone

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